Titre : Last night before go to hell
Auteur : Tsuki
Song : X-Ray Dog, Globus et the music qui m'a permis de terminer ce chapitre : In my head de Pale 3 (Une des superbes musiques qui compose la BO de Matrix Revolution). Merci mon fils ! 8D
Déclaration : J'ai écris ce chapitre sur deux périodes différentes et je pense que ça se sent. Mais je suis fière de ma seconde partie, alors j'espère que le début du chapitre ne fera pas tâche. J'espère mettre moins de temps pour faire le prochain. En espérant que ma playlist du moment m'inspire toujours autant ! Alors certes, il est très long, mais que cela ne vous effraie pas. C'est juste la représentation d'une certaine scène qui m'a fait faire d'innombrable "retour à la ligne". =) Je m'excuse encore pour le temps qu'il m'a fallu pour l'écrire, mais je n'y peux rien. Le boulot, ma vie privé, tout ça me bouffe un temps monstre et je n'ai pas l'inspiration au bon moment. u_u En tout cas, je continue toujours à écrire (même si "In my place" est en pause), et si jamais je devais arrêter, je préviendrai. Mais on en est pas encore là, hein ! Allez ! Bonne lecture !
[center]Chapitre quatre
Auteur : Tsuki
Song : X-Ray Dog, Globus et the music qui m'a permis de terminer ce chapitre : In my head de Pale 3 (Une des superbes musiques qui compose la BO de Matrix Revolution). Merci mon fils ! 8D
Déclaration : J'ai écris ce chapitre sur deux périodes différentes et je pense que ça se sent. Mais je suis fière de ma seconde partie, alors j'espère que le début du chapitre ne fera pas tâche. J'espère mettre moins de temps pour faire le prochain. En espérant que ma playlist du moment m'inspire toujours autant ! Alors certes, il est très long, mais que cela ne vous effraie pas. C'est juste la représentation d'une certaine scène qui m'a fait faire d'innombrable "retour à la ligne". =) Je m'excuse encore pour le temps qu'il m'a fallu pour l'écrire, mais je n'y peux rien. Le boulot, ma vie privé, tout ça me bouffe un temps monstre et je n'ai pas l'inspiration au bon moment. u_u En tout cas, je continue toujours à écrire (même si "In my place" est en pause), et si jamais je devais arrêter, je préviendrai. Mais on en est pas encore là, hein ! Allez ! Bonne lecture !
[center]Chapitre quatre
Rythme effréné qui fait palpiter son c½ur à une allure folle. Danse licencieuse qui réveille ses sens et les décuple. Comme la fois précédente, le violon pleure une mélodie qui lui est inconnue mais qui le transporte irrémédiablement. Il sait que tout ceci n'est que l'introduction à un nouveau cauchemar, mais quelque chose l'oblige à garder les yeux ouverts sur le néant qui l'entoure. Des ch½urs masculins résonnent soudainement et un nouveau décor apparaît. L'écrivain se retrouve au milieu d'une piste ronde. Le sol est recouvert d'un parquet noir comme l'ébène, et de faibles lumières rougeâtres l'éclairent. Tout autour de lui, des silhouettes drapées de voile sombre le jugent du regard. Le violon n'est plus seul. C'est un véritable orchestre qui joue désormais, et les danseurs se mettent en couple pour débuter un tango endiablé. Leurs gestes sont secs, saccadés. Leurs corps se fondent. Les pas s'enchaînent, le rythme s'accélère. La musique devient forte et la cadence lui fait tourner la tête. Ses membres tremblent et d'horribles sueurs froides parcourent son corps. Un souffle contre sa peau le fait sursauter, et il se retourne vivement pour faire face à son bourreau. Le messager arbore un sourire satisfait et tend une main moqueuse vers l'écrivain. Une fine chaîne d'argent orne son cou et retombe sur son torse nu, tandis qu'un simple pantalon en voile noir habille ses jambes. Autour d'eux, la danse continue. Les femmes arborent des masques inquiétants et leurs talons frappent avec violence contre le parquet. Un, deux, trois. Le tempo prend en intensité. Les hommes soulèvent leurs partenaires, les font tourbillonner. Quatre, cinq, six. Les violons crient leur détresse et un coup de tambour fait disparaître le décor. Le néant reprend possession des lieux alors que les prunelles de l'écrivain n'ont pas quitté celles du messager.
- Encore entrain de m'épier.
- Je n'emploierais pas ce verbe.
- ...
- Tout ça... C'est dans ta tête.
- C'est toi qui me provoque ses cauchemars.
- Et si ce n'était pas le cas ?
- Ça l'est.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Je le sais, c'est tout.
- Quelle arrogance !
- Laisse-moi donc en paix.
- Cesse de parler de paix. Je t'ai déjà dis que tu n'y aurais droit que si tu avouais tes fautes.
- Je ne peux pas avouer quelque chose que je n'ai pas fait.
- Nous y revoilà ! Quand cesseras-tu de te mentir à toi-même ?
- Et toi ? Quand cesseras-tu de m'importuner ?
- Quand tu auras avoué.
- Va au diable !
L'écrivain fait volt face et marche sur le sol invisible.
- Où cours-tu donc ainsi ?
- Loin de toi !
- Tu n'iras jamais assez loin.
- Tu finiras bien par te lasser.
- Si tu savais à quel point tu m'amuses... Souffle le brun pour lui-même.
Un claquement de doigt retentit dans la pénombre et les danseurs réapparaissent tout autour d'eux. Les ch½urs ont cessé alors que le violon pleure désormais une douce mélodie. L'écrivain se déplace lentement entre ce qui semble être des statuts vivantes, et inconsciemment, retient son souffle, comme par peur de les réveiller. Aoi est toujours là, face à lui, son sourire arrogant toujours pendu aux lèvres.
- Alors Uruha ? Toujours partant pour t'enfuir ?
- Laisse-moi me réveiller.
- Tu as enfin compris que c'est moi qui ai toutes les cartes en main ?
- Pourquoi faire une telle mise ne scène ?
- J'ai le goût du spectacle.
Le messager frappe son pied contre le sol inexistant, et les danseurs l'imitent. L'écho des coups se répercute dans le vide et le rire du bourreau résonne à la façon du glas.
- Tu appelles ça du spectacle ?
- Tu n'aimes pas ?
- Tu crois peut-être m'intimider ?
- Pourquoi chercherais-je à t'intimider ?
- Pour me pourrir un peu plus l'existence.
- Mais non. Je suis comme ça, voilà tout. J'ai horreur de faire dans la simplicité.
- Dis plutôt que tu as besoin de toute ces choses pour paraître imposant aux yeux des autres.
- Mais quel toupet...
Un nouveau claquement de doigt et tout disparaît. Uruha dégringole dans un abysse sans fond, alors que son cri de frayeur reste bloqué dans sa gorge. Jusqu'où parviendra t-il à le faire tomber ? Alors que la question vient doucement lui effleurer l'esprit, sa chute prend fin avec son corps qui plonge dans ce qui semble être de l'eau. Une eau opaque, sombre, à travers laquelle il lui est impossible de voir. A court d'oxygène, le châtain remonte à la surface et happe une grande bouffée d'air. Un haut de c½ur lui soulève l'estomac, et il plaque une main devant son nez et sa bouche. Il connaît cette odeur... Du sang. Un long frisson le parcourt de la tête aux pieds, et ses iris se bloquent sur le liquide pourpre qui l'encercle. Partout... Il y en a partout...
- Uruha... Uruha... Où es-tu ? Uruha ?
L'écrivain relève la tête et ses prunelles se figent sur un petit îlot non loin de lui.
- Mikoto...
Il en est presque certain... Cette silhouette, il la reconnaitrait entre mille.
- Mikoto ! Je suis là ! Mikoto !
La jeune fille tourne son regard vers lui, sourit doucement et avance vers le bord.
- Non ! N'avance pas ! Mikoto ! N'a...
Une main froide vient étouffer son appel, et un bras puissant encercle sa taille pour l'empêcher d'avancer. Alors qu'il tente de se débattre, un souffle chaud frôle sa joue et un murmure glisse jusqu'à son oreille.
- Pourquoi cris-tu ainsi ?
Le messager retire lentement sa main, et emprisonne complètement le corps de l'écrivain.
- Lâche-moi bordel !
- De quoi as-tu peur ?
- Ça ne te regarde pas !
- Mais bien sûr que si.
- Non !
- Tout ce qui te concerne me concerne aussi à présent.
- La ferme ! S'impatiente le châtain.
- Quel vilain langage.
- Mikoto ! Ne bouge plus ! Tu vas tomber ! Mikoto !
- Cesse de crier... Elle ne t'entend pas.
- Mais... Mikoto !
- Es-tu sourd ?
- Lâche-moi !
- Pourquoi Uruha ?
- Elle ne sait pas nager !
- Nous y voilà.
Le rire lugubre du bourreau résonne dans l'esprit du captif, et le son d'un corps qui tombe à l'eau le tétanise.
- Mikoto !!
Uruha se débat comme un diable, mais le brun ne lâche pas prise, comme s'il était doté d'une force surhumaine. La jeune femme s'agite, suffoque et coule irrémédiablement.
- Mikoto !
Des larmes de rage dévalent les joues de l'écrivain alors que la main de sa s½ur se tend désespérément vers le ciel pour finalement disparaître. Les ongles du châtain s'enfoncent dans la peau pâle du messager alors que ses forces l'abandonnent petit à petit. La tristesse et le désespoir le submergent sans retenue et il s'effondre presque dans les bras de son bourreau, le souffle court.
- Je ne te comprend pas...
- ...
- C'est pourtant bien toi qui l'as tué il y a dix ans ?
- Non... Ce n'est pas moi... Je n'y suis pour rien...
- Pourquoi t'entêtes-tu à toujours mentir ? Cela ne t'apportera rien de bon.
- Je ne mens pas. Je n'aurais jamais pu lui faire de mal... Pourquoi me fais-tu revivre cette souffrance ? Ne peux-tu pas te battre en homme ?
- Mais je ne suis pas un homme. Et puis, quel intérêt y a t-il à se battre à armes égales ? Seul la victoire m'intéresse, et qu'importe les moyens qu'il faut que j'emploie pour l'obtenir.
- Tu n'es qu'un salopard.
- Pourquoi deviens-tu tout de suite vulgaire quand tu sens que les choses t'échappent ?
- Parce-qu'elles m'échappent justement ! S'énerve le plus jeune.
- Et tu n'aimes pas ça ?
- Qui aimerait ?
- Tu n'as pas non plus réussi à contrôler les sentiments de ta s½ur... Et c'est pour ça que tu l'as tué, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas vrai ! C'est de sa faute ! Tout est de sa faute !
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Laisse-moi ! Je veux me réveiller !
- Tu as peur. Peur de comprendre que c'est toi, et uniquement toi le fautif dans cette histoire.
- Assez ! Cri l'écrivain en tentant de nouveau de se débattre.
Aoi explose d'un rire glacial et le néant se réinstalle autour d'eux.
- Es-tu certain de vouloir te réveiller ?
- La ferme !
- Bien.
Un claquement de doigt et Uruha reprend sa chute là où il l'avait arrêté. Assez, assez, assez, assez, assez !
- Je suis maître de mon destin !
Sa voix résonne entre les murs de sa chambre, alors qu'une perle de sueur vient finir sa course au creux de son cou. Doucement, l'écrivain vient loger son visage dans ses mains et tente tant bien que mal de contrôler ses tremblements. Jusqu'à quand ce cinéma va t-il durer ? Pourquoi tient-il autant à lui faire avouer le meurtre de sa s½ur ? Il n'est pas coupable. Elle est tombée... C'était un accident. Alors que son esprit se révolte, il se lève et ouvre la fenêtre pour s'y accouder. Il faut que cela cesse, ou il va réellement devenir fou. Il ne veut pas lui donner satisfaction... Non. Jamais.
- Ce serait tellement plus simple.
- Hanter mes cauchemars ne t'a t-il pas suffit ?
- Non. Je te l'ai dis. Jusqu'à la fin du compte à rebours, je te suivrai comme ton ombre.
- Je ne céderai pas.
- C'est pour ça que je t'aime bien. Même si toutes les preuves t'accablent, tu te crois encore capable de plaider ton innocence, et seul ton propre jugement compte.
- Je suis innocent.
- Seulement là-dedans. Souffle le brun amusé en tapotant sa tête de l'index.
- Tes dires m'importent peu.
- Et pourtant... Ils ne te laissent pas indifférents.
- Quand sais-tu ?
Le sourire du messager s'élargit et il se rapproche de lui jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres de son visage.
- Tu es trop sûr de toi. J'arrive à lire en toi comme dans un livre ouvert.
- Mensonge.
- Je sais tout de toi. Tout comme je sais parfaitement ce qu'il s'est passé il y a dix ans.
- Et pourquoi un messager saurait-il tout ça ?
- Parce-qu'à l'instant même où tu as respiré l'air de ce monde, je savais déjà que c'est moi qui serais chargé de te conduire aux portes de l'enfer.
- Mon avenir était donc déjà tout tracé ?
- C'est ça.
- Baliverne ! L'avenir se forme au jour le jour ! Il est impossible de savoir ce qu'il adviendra de nous dans le futur !
- Pour un être banal c'est évident. Mais pour des personnes placées au dessus des lois qui régissent le temps, c'est un véritable jeu d'enfant.
- ...
- Tu ne me crois pas ? Interroge le brun en refermant sa main sur le menton de sa victime.
- Bien sûr que non.
- Tu es plus stupide que ce que je pensai ma parole !
- Cesse de prendre des grands airs ! Tu n'en n'a aucune de parole !
D'un geste vif, Aoi resserre ses doigts sur la gorge de l'écrivain et le plaque violemment contre le mur.
- Ne m'insulte pas.
- ...
- Je ne suis peut-être qu'un messager, mais sache que mon indulgence a ses limites.
- Lâ... Lâche-moi...
- Pfff...
Le messager desserre sa prise et Uruha se laisse tomber au sol, la respiration haletante.
- Tu n'es qu'une loque Uruha. Une loque qui fuit devant le danger et ses peurs.
- Je... T'emmer...
- Allons, allons. Voilà que tu recommences à être vulgaire.
- ...
- Ce n'est pas en parlant comme ça que tu auras une chance d'atteindre le paradis.
- Je me fous du paradis ! Tout comme je peux me foutre de l'enfer !
- Alors ça y est... Tu perds vraiment patience ? Aurais-je touché une corde sensible ?
- Sors d'ici ! Je ne veux plus te voir !
- Tu vas pourtant devoir me supporter encore... Trois, deux, un... Cinquante six heures exactement.
- Je te ferai quitter cet endroit bien avant !
- Oh... Je suis curieux de savoir comment tu vas t'y prendre.
- Tu n'as pas idée de quoi je suis capable.
- Allons Uruha, tu sais bien que je n'attends que ça.
- ...
- Allez, montre-moi de quoi tu es capable. Réveille l'assassin qui sommeille en toi.
- Va mourir !
Et disant cela, le châtain attrape sa lampe de chevet et la balance rageusement sur son adversaire. Un sourire moqueur vient habiller le visage du provocateur, et l'objet lui passe tout simplement au travers.
- C'est tout ce dont tu es capable ? Laisse-moi rire !
- Enfoiré... Siffle l'écrivain entre ses dents.
L'assaillant se redresse aussitôt et s'empare cette fois de l'instrument qui reposait pourtant tranquillement près de la table de nuit, pour l'abattre sur son adversaire. Faute de ne pas s'écraser sur la tête du brun, la guitare va se fracasser sur le sol. Les cordes lui cassent dans les mains et il lâche subitement le manche, comme s'il venait de prendre conscience de son geste.
- C'est amusant. Mais je suis certain que tu peux mieux faire. Fais marcher ton imagination.
Complètement désarçonné par l'inefficacité de ses coups, Uruha quitte sa chambre et va s'enfermer dans sa salle de bain. Que doit-il faire pour réussir à se débarrasser de lui ? L'écrivain ouvre le robinet d'eau froide, et s'asperge le visage à plusieurs reprises. Pour une fois, son reflet ne semble pas vouloir le narguer... Tant mieux, il ne manquerait plus que ça à vrai dire. Alors que ses yeux restent plantés sur les cernes de son autre lui, les courbes de son visage se transforment lentement, ses cheveux s'assombrissent et c'est le reflet de son bourreau qui lui apparaît. D'un geste vif, le châtain s'empare du parfum qui trônait sur le lavabo, recule et le balance sur la glace. Le verre se brise inévitablement et il court à en perdre haleine. Cette maison, il ne la supporte plus non plus. Ses pas précipités l'emmènent loin de sa demeure, et il ralentit la cadence au moment où il aperçoit le lac. Pourquoi panique t-il si facilement ? N'est-il pas entrain de lui donner satisfaction ? Si, bien sûr que si. Mais peut-il réellement faire autrement ? L'écrivain s'accroupit près de l'eau et laisse le bout de ses doigts en frôler la surface. Ses paupières se referment doucement, et seul la sensation du liquide translucide contre sa peau demeure. Aucun bruit ne fuse... Le chant des oiseaux n'existe plus, le vent non plus. Fait-il toujours parti du même monde ? Si ça se trouve... Il est encore en train de rêver. Les battements même de son c½ur se font silence. Effrayant. Une, deux, trois, quatre minutes. Que se passe t-il ? Serait-il mort sans s'en rendre compte ? Non, c'est impossible. Et pourtant, il ne discerne plus rien... Plus rien, à part... Le bruit d'une goutte d'eau qui retourne à sa source. Le châtain rouvre les yeux et le spectacle qui s'offre à lui le fige totalement. Là, posé sur l'étendue d'eau limpide, le messager le guette, son éternel sourire aux lèvres. Cette vision aurait du l'horrifier, et pourtant, elle le fascine. Splendide démon au charisme étouffant... Quand le laissera t-il vivre librement ? Jamais... Oui, la réponse lui apparaît, telle une évidence. Comme si malgré lui, il venait de se faire une raison. Ses iris détaillent la silhouette qui s'avance gracieusement vers lui, et une agréable chaleur vient embraser son ventre. Comment expliquer cette horrible réaction ? Peut-on aimer quelqu'un autant qu'on le déteste ? Le beau brun se stoppe juste devant lui et lui tend la main. Il ne prononce mot et se contente simplement de le regarder droit dans les yeux. Pourquoi un tel geste ? Est-ce un nouveau piège ? Une nouvelle ruse ? Alors que les questions reviennent à l'assaut de sa tranquillité moral, l'image de sa s½ur se superpose à celle du messager.
- Mikoto...
- Tu viens Uruha ?
- ...
- Allons jouer.
- Mais...
- Jouons à cache-cache, comme avant. Tu te souviens ? Dans le petit bois qui longeait la maison.
- Oui... Je me souviens. Mais Mikoto, je ne suis plus un...
Alors que le mot « gamin » commence tout juste à s'échapper d'entre ses lèvres, il voit le bras frêle d'un enfant se tendre vers la main féminine. Son bras en faite... Que se passe t-il ? Pourquoi... Ses prunelles se posent sur la surface clair du lac et ses sourcils se froncent sous l'incompréhension. Pourquoi a t-il l'aspect d'un enfant ? Pourquoi a t-il l'impression d'être revenu au moins quatorze ans en arrière ? Malgré son hésitation, il ne peut empêcher ses petits doigts de se refermer sur la main de sa s½ur. Celle-ci le soulève et le prend dans ses bras pour le câliner tendrement.
- Mikoto...
- Tu t'es endormi au soleil gros bêta.
- Alors... Tout ça... N'était qu'un cauchemar ?
- Tout ça quoi ?
- Le messager...
- Tu as du rêver... Ne t'inquiète pas. Je suis là maintenant.
- ...
- Tu veux jouer ?
- A cache-cache ?
- Oui, si tu veux. Et le perdant devra faire tout ce que le vainqueur veut !
- Mais c'est tout le temps toi qui gagne. Boude le plus jeune.
- Allez ! Je suis sûre que tu y arriveras cette fois !
La jeune fille marche jusqu'à un chêne et y dépose son frère.
- Voilà. Je compte jusqu'à cinquante six.
- D'accord !
Mikoto se retourne contre l'arbre et débute le compte à rebours.
Un...
Le c½ur gonflé d'ambition, le petit garçon se sauve loin de sa s½ur.
Deux...
Ses iris scrutent les alentours, à la recherche d'une planque idéale.
Trois...
Son rythme cardiaque s'affole sous l'excitation.
Quatre...
Là ! Non... Elle retrouverait trop facilement.
Cinq...
Uruha s'en va un peu plus loin et s'arrête un instant.
Six...
Il entend toujours la voix de sa s½ur.
Sept...
Ses orbes noisettes se stoppent sur un buisson et sourire vient illuminer son visage.
Huit...
Ses jambes l'entraînent jusqu'à lui, et il se faufile entre les branches.
Neuf...
Elles lui griffent les joues et meurtrissent ses petites mains, mais qu'importe.
Dix...
Le garçon s'assoit sur les feuilles mortes.
Onze...
Il tente de calmer sa respiration.
Douze...
Voilà. Il n'entend désormais plus que son c½ur qui bat la chamade.
Treize...
C'est grisant comme sensation.
Quatorze...
Il n'a pas mis longtemps à se cacher finalement...
Quinze...
Ah...
Seize...
Ça veut peut-être dire qu'il n'est pas assez bien caché.
Dix-sept...
Certain de sa théorie, il se redresse et part dans une autre direction.
Dix-huit...
Il se cache tout le temps dans les buissons.
Dix-neuf...
Il faut qu'il trouve autre chose.
Vingt...
Alors qu'il court toujours, ses yeux tentent de trouver ce qu'il cherche.
Vingt et un...
Un arbre ?
Vingt-deux...
Pourquoi pas ?
Vingt-trois...
Il pourrait grimper sur une branche.
Vingt-quatre...
Uruha s'approche d'un jeune châtaigner et tente d'y grimper.
Vingt-cinq...
Ouais...
Vingt-six...
Plus simple à dire qu'à faire.
Vingt-sept...
Optons pour autre chose alors...
Vingt-huit...
Le jeune garçon observe sans relâche et marche lentement, guidé par la voix de Mikoto.
Vingt-neuf...
Il suit silencieusement le chemin.
Trente...
Le sol devient plus dur.
Trente et un...
La terre a laissé place à la pierre, et le paysage devient un peu plus sauvage.
Trente-deux...
Des coteaux escarpés lui font face.
Trente-trois...
Ses yeux d'enfant les détaillent avec émerveillement, et il s'aventure encore un peu plus loin.
Trente-quatre...
La roche calcaire est creusée à certains endroits.
Trente-cinq...
Là, dans le coin, on dirait...
Trente-six...
Une grotte ?!
Trente-sept...
Oui, c'est ça.
Trente-huit...
Il jette un regard en arrière et se mordille la lèvre.
Trente-neuf...
Il ne lui reste plus beaucoup de temps...
Quarante...
L'estomac noué, le jeune aventurier pénètre dans cette anfractuosité.
Quarante et un...
A pas de loup, il avance précautionneusement.
Quarante-deux...
La luminosité devient de plus en plus faible.
Quarante-trois...
Inutile d'aller plus loin...
Quarante-quatre...
Uruha se pose contre la paroi, et fixe le mur d'en face.
Quarante-cinq...
Des sillons d'eau coulent le long de la roche.
Quarante-six...
C'est beau et inquiétant à la fois.
Quarante-sept...
On dirait que la grotte pleure.
Quarante-huit...
Comme pour se rassurer, le garçon lève les yeux et demande :
Quarante-neuf...
- Pourquoi est-ce que tu pleures ?
Cinquante...
Il tend l'oreille, mais le silence seul lui répond.
Cinquante et un...
C'est peut-être mieux ainsi.
Cinquante-deux...
Voilà, le compte à rebours arrive bientôt à son terme.
Cinquante-trois...
D'ailleurs...
Cinquante-quatre...
Pourquoi cinquante-six ?
Cinquante-cinq...
Et si les secondes devenaient des...
Cinquante-six.
Heures...
- Il t'en aura fallu du temps pour comprendre !
Le garçon sursaute et ramène ses genoux contre lui.
- Mikoto ? Mikoto, c'est toi ?
- Non.
- ...
Une ombre se détache de celle du mur, et une personne qu'il connaît bien vient s'accroupir devant lui.
- Aoi...
- Tu te souviens de moi ?
- ...
- Visiblement.
- Pourquoi ? Pourquoi es-tu là ? Couine le plus jeune en prenant sa tête entre ses mains.
- C'est tellement simple de te piéger... Souffle le messager en caressant les fins cheveux du gosse.
- Laisse-moi. Je joue avec Mikoto.
- Mais moi aussi je fais parti du jeu. Tu te souviens ? Tu as même dis que tu étais d'accord.
- Non. Ce n'est pas vrai.
- Mais si. Et tu m'as même soutenu que tu ne perdrais pas.
- Non, non... Nie le gamin en fermant les yeux.
- Il faut assumer Uruha. Maintenant tu dois faire tout ce que le vainqueur désire.
- Je ne veux pas.
- Tu n'as pas le choix.
- Mikoto... Pleure t-il désespéré.
Alors qu'une main vient emprisonner son menton, ses yeux se rouvrent sur le visage rieur de son interlocuteur, et une paire de lèvre vient emprisonner sa bouche. Il connaît cette sensation... Qu'est-ce que ça signifie ? Ses jambes se déplient lentement, et les doigts de son bourreau passent rapidement sous ses vêtements. Des frissons le parcourent de la tête aux pieds, et il se laisse allonger sur le sol rocailleux. Pourquoi ne parvient-il pas à discerner le vrai du faux ? Est-ce la réalité ? Ou nage t-il encore en plein délire ? L'air frais caresse sa peau et les battements de son c½ur prennent en intensité.
- A... Aoi...
- Chuuuut...
- Mais...
Sa voix s'étrangle, alors que son aîné entame une descente vertigineuse. Il sent sa langue longer son torse, son ventre, ses cuisses... Ses petits doigts s'accrochent à la chevelure corbeau, et un cri de surprise s'échappe de sa gorge lorsque la langue taquine vient laper sa verge. Mais pourquoi se laisse t-il faire ? Il sait très bien où tout cela va mener pourtant.
- No... Non... Je...
- Tais-toi Uruha... Ils vont nous entendre sinon.
- Mais...
Mikoto ? Mikoto, est-ce que c'est toi ? Pourquoi vos mots sont-ils les même ? Pourquoi tout semble si... Similaire ?
- Ah !
Une main étouffe son cri de surprise alors qu'il sent une nouvelle bouffée de chaleur monter en lui. C'est comme la dernière fois... Son esprit se débat farouchement, mais ses gestes ne suivent pas. C'est rageant, agaçant, frustrant même... La bouche du messager entame des mouvements de vas et viens qui lui font rapidement perdre la tête. Ses gémissements meurent dans la paume de sa main et son rythme cardiaque s'emballe toujours un peu plus. Il fait chaud... Trop chaud. Mikoto... Le petit garçon se cambre violemment et se libère sans comprendre. Le souffle court, il reçoit un nouveau baiser et voilà le visage de sa s½ur qui se superpose à celui d'Aoi.
- Mikoto...
- Tu vois. Ce n'est rien.
- ...
- Ce sera ton gage, à chaque fois que tu perdras.
- ...
- Tu veux bien ?
- Je ne veux plus jouer...
- Alors on rentre à la maison.
L'adolescente relève son petit frère, et le met dans ses bras. Tout deux sortent de la grotte et rejoignent le chemin.
- Mikoto... Pourquoi tu fais ça ?
- Faire quoi ?
- Ce gage ?
- Parce-que papa m'a dit que ça apporté du bonheur aux gens.
- ...
- Et il a raison. Tu avais les yeux qui brillaient à cet instant... Comme lui.
- ...
- Regarde. Voilà la maison.
Sa s½ur le dépose sur le pas de la porte, puis l'embrasse à la commissure des lèvres.
- Va te reposer maintenant. Je reviendrai jouer avec toi plus tard.
- Tu vas voir papa ?
- Oui.
Mikoto sourit doucement, et s'en va en lui faisant un signe de la main. Les oiseaux se taisent de nouveau, le vent aussi. Les battements de son c½ur se font silence. Serait-il encore mort sans s'en rendre compte ? Il fait noir... Tout noir. L'écrivain rouvre les yeux et sent l'eau caresser l'extrémité de ses doigts. Impossible... Le châtain redresse lentement sa tête et plonge ses iris dans celles de son tourmenteur. Il n'a pas bougé. Ses deux pieds nus gracieusement posés sur la surface limpide, et la main tendue vers lui. Son sourire s'élargit, et il souffle, sa main se resserrant sur celle de sa victime :
- Jouons.
H-52

